La dysplasie de la hanche
La dysplasie de la hanche est l'affection orthopédique la plus fréquente du chien de moyenne et grande race. Selon l'Orthopedic Foundation for Animals (OFA), sa prévalence atteint 70 % chez le Bulldog, 30 % chez le Berger allemand, 20 % chez le Labrador et le Golden Retriever. Cette maladie héréditaire et multifactorielle entraîne à terme une arthrose invalidante et une douleur chronique. Détectée tôt, elle se gère bien — détectée tard, elle aboutit souvent à une prothèse de hanche. Voici tout ce qu'il faut savoir.
Qu'est-ce que la dysplasie de la hanche ?
La hanche est une articulation de type énarthrose : une tête sphérique (tête fémorale) qui s'emboîte dans une cavité (acétabulum / cotyle du bassin). En cas de dysplasie, cette emboîture est défectueuse :
- Laxité articulaire : la tête fémorale « danse » dans le cotyle au lieu d'y rester fermement.
- Frottements et microtraumatismes répétés à chaque pas.
- Évolution vers une arthrose secondaire précoce (parfois dès 1 an).
- Dans les cas sévères : subluxation chronique, voire luxation complète.
Les premiers signes peuvent apparaître dès l'âge de 4-6 mois pour les formes sévères, ou plus tard dans la vie pour les formes modérées qui se manifestent par l'arthrose tardive.
Causes : génétique + environnement
La dysplasie est polygénique (multifactorielle héréditaire) et son expression est modulée par plusieurs facteurs environnementaux :
- Héritabilité : 0,2 à 0,4 selon les races (modeste à modérée). Un chiot issu de parents dépistés indemnes a un risque significativement réduit.
- Croissance trop rapide : alimentation trop riche en protéines / calcium chez le chiot de grande race.
- Surpoids chez le jeune en croissance (charge mécanique excessive).
- Exercices inadaptés avant l'âge adulte : sauts répétés, escaliers en descente, terrains glissants, jogging long.
- Sol glissant (parquet, carrelage) chez le chiot favorise la laxité.
Races à haut risque
Toutes les races peuvent être touchées, mais certaines sont nettement plus prédisposées (données OFA) :
- Très à risque (> 25 % d'affectés) : Bulldog anglais, Mastiff, Saint-Bernard, Dogue de Bordeaux, Berger des Pyrénées, Berger allemand, Rottweiler.
- À risque modéré (10-25 %) : Labrador, Golden Retriever, Bouvier Bernois, Briard, Boxer, Cane Corso.
- Faible risque : Border Collie, Berger Australien, Lévriers, races petites et moyennes.
Chez les races à risque, le dépistage radiographique des reproducteurs est désormais obligatoire dans la majorité des clubs de race en France.
Symptômes : reconnaître les signes
Les signes varient selon l'âge et la sévérité :
Chez le jeune chien (4-12 mois) :
- Démarche chaloupée, balancement du train arrière (« roulis »).
- Saute des deux pattes arrière comme un lapin (« bunny hopping »).
- Réticence à courir, sauter, monter les escaliers.
- Difficulté à se lever après le repos.
- Boiterie intermittente, surtout après effort.
- Diminution de la masse musculaire des cuisses (amyotrophie).
Chez le chien adulte / âgé :
- Boiterie persistante, surtout au démarrage le matin (« raideur du matin »).
- Refus de jouer, baisse d'activité.
- Position assise asymétrique (jambe tendue sur le côté).
- Plainte ou irritabilité à la palpation des hanches.
- Léchage des hanches.
Diagnostic : la radiographie officielle
Le diagnostic se fait par radiographie sous sédation, généralement réalisée entre 12 et 15 mois (selon la race et le club).
Classification FCI (Fédération Cynologique Internationale) — utilisée en France :
- A : aucun signe de dysplasie.
- B : transition / hanches presque normales.
- C : dysplasie légère.
- D : dysplasie moyenne.
- E : dysplasie sévère.
Pour la reproduction, la plupart des clubs n'autorisent que les chiens cotés A ou B. Le dépistage est lu par un vétérinaire lecteur officiel agréé par la SCC (Société Centrale Canine).
Aux États-Unis, la classification OFA utilise les grades : Excellent / Good / Fair / Borderline / Mild / Moderate / Severe. La méthode PennHIP, plus précoce (4 mois), évalue la laxité passive.
Traitement conservateur (médical)
Pour les formes légères à modérées, le traitement conservateur permet de stabiliser et de limiter la progression :
- Contrôle strict du poids : un chien dysplasique en surpoids souffre 2× plus. L'étude Purina Life Span (14 ans, 48 Labradors) a démontré que les chiens nourris « lean » développent l'arthrose plus tard et vivent 1,8 an de plus.
- Exercice contrôlé : promenades régulières et modérées plutôt que sessions intensives. Privilégier la nage (excellente pour l'articulation).
- Chondroprotecteurs : glucosamine + chondroïtine + acides gras oméga-3 (cures de 3-6 mois renouvelables).
- AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens vétérinaires) en cas de crise : carprofène, méloxicam, firocoxib — toujours sur prescription.
- Physiothérapie : hydrothérapie (tapis aquatique), laser thérapeutique, ondes de choc, mobilisations passives.
- Aménagement de l'environnement : tapis antidérapants, rampes pour la voiture/canapé, lit orthopédique.
Traitement chirurgical (cas sévères)
Quand le traitement médical ne suffit plus, plusieurs techniques chirurgicales existent :
- Symphysiodèse pubienne juvénile (SPJ) : avant 5 mois, fusion précoce de la symphyse pubienne pour modifier la croissance du bassin. Préventif.
- Triple ostéotomie du bassin (TOB) : avant 12 mois sur dysplasies modérées, repositionne l'acétabulum pour mieux contenir la tête fémorale.
- Résection de la tête fémorale (RTF) : pour les petits chiens (< 20 kg) ou en seconde intention. Création d'une fausse articulation. Pas de prothèse, donc moins coûteux.
- Prothèse totale de hanche : technique de référence pour grand chien adulte. Implant titane comme chez l'humain. Coût : 2 500-4 500 € par hanche, taux de succès > 90 %.
Suivi de mobilité avec le score LOAD
Le Liverpool Osteoarthritis in Dogs (LOAD), validé par le Université de Liverpool, est un questionnaire de 13 items rempli par le propriétaire qui permet d'évaluer objectivement la mobilité du chien arthrosique. Suivi tous les 3-6 mois, il détecte les dégradations précoces et oriente les ajustements thérapeutiques. C'est l'outil clé du suivi à long terme — particulièrement utile pour la dysplasie qui évolue lentement.
Prévention : commencer dès le chiot
- Acheter un chiot dont les deux parents sont dépistés indemnes (cote A ou B).
- Alimentation chiot grande race adaptée (croissance lente, taux protéique modéré, ratio Ca/P équilibré).
- Maintien strict du poids de forme en croissance.
- Pas de jogging, vélo, sauts répétés avant l'âge adulte (12-18 mois).
- Sols antidérapants à la maison (tapis sur parquet/carrelage).
- Pas d'escaliers à descendre seul pour le chiot.
Suivez la mobilité de votre chien dans le temps
Son Espace Santé intègre le score LOAD, une courbe de poids visuelle (détection de dérive précoce) et un agenda pour les rappels de chondroprotecteurs ou AINS. Indispensable pour piloter une dysplasie ou une arthrose sur la durée. Gratuit, iOS / Android / web.
Conclusion
La dysplasie de la hanche est une maladie qui se prévient avant la naissance (sélection des reproducteurs) et qui se gère sur le long terme (poids, exercice contrôlé, chondroprotecteurs, suivi LOAD). Dépistée tôt, elle ne condamne pas à la chirurgie : la majorité des chiens vivent confortablement avec un protocole conservateur bien conduit. La clé : ne pas attendre les symptômes douloureux pour agir.
